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« Est-ce que je produis assez de lait?» 2ème partie – La réalité

« Est-ce que je produis assez de lait?» 2ème partie – La réalité

Le manque de lait est une des principales raisons d’interruption de l’allaitement. Cependant, le manque de lait physiologique est très rare. Alors qu’en est-il ? Pourquoi tant de femmes manquent-elles de lait ou ont-elles la perception de manquer de lait ? La plupart du temps, c’est la physiologie de l’allaitement qui a été perturbée.

Les signes du manque de lait

Voici une liste des signes qui amènent la perception de manquer de lait, mais n’indiquent pas systématiquement un manque de lait :

  • les réactions du bébé au sein : il est agité ou se fâche
  • le contenu des couches est insuffisant pour l’âge du bébé
  • la prise de poids est insuffisante pour l’âge du bébé (selon les courbes de croissance de l’Organisation Mondiale de la Santé)
  • une poussée de croissance qui n’en finit pas (qui dure plus longtemps que 2-3 jours)
  • la faible quantité de lait extraite des seins avec un tire-lait
  • les tétées groupées
  • un bébé qui pleure beaucoup
  • un bébé qui dort peu, qui se réveille rapidement dès qu’on le couchecon
  • les seins qui redeviennent souples
  • un bébé qui vide un biberon après une tétée

Toutes ces situations doivent être évaluées pour éliminer toutes les autres causes possibles et pour éviter des mauvaises interprétations et donc des mauvaises interventions. Beaucoup de ces situations amènent une fausse perception de manque de lait.

Les vrais signes qui devraient inquiéter au sujet de la production de lait sont :

  • les réactions du bébé au sein : un bébé qui se fâche, qui gigote au sein
  • un bébé qui ne fait pas les selles et les urines tel que prévu à son âge
  • une prise de poids insuffisante pour l’âge du bébé.

 

Les causes du manque de lait

La principale cause du manque de lait est en fait une gestion de l’allaitement inadéquate. En corrigeant certaines choses à l’allaitement, cela peut suffire la plupart du temps. Il faut toujours s’assurer que le transfert de lait se fait de façon efficace et que la succion du bébé et sa position sont bonnes.

En fait, quand une mère a le sentiment de manquer de lait, il faut s’assurer que les règles de base de l’allaitement sont bien respectées :

  • allaitement à la demande (à l’éveil pour un nouveau-né) jour et nuit (8 tétées et plus par 24h)
  • allaitement exclusif (les 6 premiers mois)
  • offrir les deux seins à chaque tétée
  • alternance des seins à chaque tétée (débuter par un sein différent à chaque tétée)
  • bonne position du bébé au sein
  • pas de suce, pas de biberon utilisés
  • proximité entre la maman et le bébé : peau à peau, portage, cohabitation

Ces règles sont encore plus importantes pendant les 6 à 8 premières semaines, alors que la production est en train de s’établir et de s’adapter à la demande du bébé. Une mauvaise gestion de l’allaitement pendant cette période peut avoir des répercussions plus tard, répercussions qui seront alors plus difficiles à renverser.

Si, malgré une bonne gestion de l’allaitement, les symptômes persistent, peut-être que la maman souffre d’une des vraies causes de manque de lait. 

Ainsi, une cause pouvant affecter la production de lait est la prise d’un médicament. Les premiers à remettre en question sont les contraceptifs, souvent introduits trop tôt dans la période de lactation. Toute méthode contraceptive hormonale, quelle qu’elle soit (pilule, stérilet hormonal…), peut avoir un impact négatif sur la production de lait même si elle est compatible avec l’allaitement. Le terme « compatible » veut dire que c’est sans danger pour le bébé. Il est donc ESSENTIEL, à chaque fois qu’une maman veut ou doit prendre un médicament, en vente libre ou sur prescription, de vérifier auprès du pharmacien l’impact sur son allaitement.

Enfin, une autre cause de baisse de production est la présence d’un frein de langue trop court chez le bébé. Un bébé avec un frein trop court n’aura pas une position optimale au sein et donc ne stimulera pas adéquatement la production de lait. Pendant les 6 à 8 premières semaines, alors que la production est à son maximum, cela peut ne pas causer de problème, mais ensuite, quand la production s’ajuste à la demande de bébé, cette demande paraît insuffisante à cause de la stimulation inadéquate et c’est là que nous pouvons observer une baisse de production trop importante.

Maintenant, regardons les causes de production de lait insuffisante qui ne sont pas dues à une gestion inadéquate de l’allaitement. Il y en a très peu et très peu de femmes sont concernées (environ 5% des femmes). La plupart affectent seulement partiellement la production de lait. L’hypoplasie (sous-développement de la glande mammaire), les chirurgies aux seins (augmentation ou diminution mammaire), le cancer du sein (son traitement peut affecter la production de lait du sein traité, mais n’empêche pas l’allaitement à l’autre sein), le syndrome des ovaires polykystiques, l’hypothyroïdie (une fois traitée, permet d’avoir un allaitement normal la plupart du temps), le diabète de type 1 et l’hypertension sont des exemples.

Les interventions à faire en cas de manque de lait

Pour éviter un manque de lait ou pour revenir à une bonne production, il est recommandé de favoriser la physiologie de l’allaitement qui permet d’avoir une sécrétion hormonale optimale pour la lactation :

  • Avoir un accouchement physiologique (avec le moins d’interventions médicales) pour favoriser la sécrétion hormonale qui va à son tour favoriser la production de lait.
  • Permettre le contact peau à peau non-interrompu entre la maman et son bébé à la naissance pendant 2h minimum pour favoriser les compétences du nouveau-né et celles de la maman pour l’allaitement. Ce contact peau à peau peut être poursuivi ensuite aussi longtemps que désiré et favorise la sécrétion hormonale pour la lactation.
  • Laisser le bébé initier la première tétée précoce, dans la première heure de vie (le nouveau-né a toutes les compétences pour grimper et aller s’installer au sein). Répéter cette séquence aussi souvent que désiré.
  • Privilégier l’allaitement à l’éveil jour et nuit, dès les premiers signes d’éveil du bébé et non quand il pleure (pour un total de 8 tétées et plus par 24h). Cela se transformera en allaitement à la demande, après quelques mois, alors que le bébé sera plus âgé. Suivre les rythmes du bébé.
  • Avoir une prise du sein optimale, sans douleur, pour favoriser un transfert de lait et une stimulation hormonale optimaux.
  • Favoriser l’allaitement exclusif les 6 premiers mois de vie pour maintenir le niveau des hormones de lactation à un niveau optimal.
  • Offrir les deux seins à chaque tétée : plus souvent les seins sont vidés, plus on produit de lait.
  • Ne pas oublier d’alterner les seins (commencer par un sein différent à chaque tétée), car la production de lait est indépendante des deux côtés.
  • Éviter d’utiliser la suce ou le biberon au moins les 6 premières semaines de vie pour éviter la confusion sein-tétine et pour ne pas diminuer la production de lait.
  • Favoriser la proximité entre la maman et le bébé les 6 premiers mois de vie pour bien reconnaître les signes de soif chez le bébé et le nourrir dès les premiers signes d’éveil. Cela se concrétise en faisant dormir le bébé dans la même chambre que les parents et en faisant du portage.
  • Protéger les 6 premières semaines qui sont une période critique pour l’établissement d’une bonne production de lait. Si la physiologie n’est pas respectée pendant cette période, cela peut avoir des répercussions sur la production de lait ultérieurement.
  • Retarder la prise de contraceptifs et éviter tout médicament qui pourrait avoir un effet négatif sur la production. Un médicament compatible ne veut pas dire sans impact sur la production. Il est recommandé de vérifier auprès de son pharmacien à chaque prise de médicament.
  • Avoir le soutien nécessaire pour pouvoir appliquer tous ces principes et limiter la fatigue (famille, amis, communauté).

Quand une femme pense manquer de lait, elle peut donc revenir à ces règles de base, à la physiologie de l’allaitement pour rétablir une bonne production. Si cela ne suffit pas, elle peut rajouter une stimulation supplémentaire, avec l’aide de son bébé (en augmentant le nombre de tétées) et/ou avec le tire-lait (de grade hôpital de préférence). Plus on attend pour faire ces interventions, plus les chances de succès sont minces, d’où l’importance d’intervenir le plus tôt possible. Ensuite, si cela ne suffit toujours pas, elle peut prendre des produits galactagogues tels que le fenugrec et le chardon béni ou encore la dompéridone (sur prescription). Mais avant de prendre ces produits, il est important de consulter pour avoir une évaluation complète de l’allaitement ainsi qu’une évaluation médicale.

Chaque femme étant différente, chaque corps réagit différemment. Si la voisine a pu introduire la suce à 6 semaines, par exemple, sans que ça cause de problème à sa production de lait, cela ne veut pas dire qu’une autre maman, son corps, sa production de lait vont réagir tout aussi bien. Aussi, l’effet de l’introduction de la suce se voit rarement immédiatement. Cela peut prendre plusieurs semaines.

Ceci est vrai pour tous les principes de la physiologie de l’allaitement. La conséquence de ne pas respecter un principe ne se verra pas immédiatement, surtout les premières semaines d’allaitement. Quand le problème apparaît plusieurs semaines plus tard, il est alors parfois difficile de renverser la situation.

Il est donc essentiel de bien évaluer chaque situation, chaque problématique pour trouver les solutions adéquates qui protègeront l’allaitement le plus possible tout en rendant l’allaitement le plus confortable possible pour la maman et son bébé.

Et n’oubliez pas que nous sommes des mammifères, donc la nature nous a fait pour pouvoir allaiter nos bébés!

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Article de Marie-Caroline Bergouignan, consultante en lactation IBCLC, octobre 2017

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Les ressources

  • « Mieux vivre avec notre enfant de la grossesse à deux ans » de l’Institut national de santé publique du Québec

http://www.inspq.qc.ca/MieuxVivre/consultation.asp

  • « Bien vivre l’allaitement» de Madeleine Allard et Annie Desrochers, 2010
  • Dr Jack Newman

http://www.breastfeedinginc.ca/content.php?pagename=doc%20PMBI-fr

Bibliographie

  • Breastfeeding and human lactation de Jan Riordan et Karen Wambach, 2010
  • Breastfeeding management for the clinician de Marsha Walker, 2011
  • Breastfeeding answers made simple de Nancy Mohrbacher, 2010
  • Allaitement maternel, l’insuffisance de lait est un mythe culturellement construit, de Gisèle Gremmo-Feger, Co-Naître, texte publié dans la revue Spirale, 2003